HOSTILE: CRITIQUE ET ENTRETIEN AVEC MATHIEU TURI

Michael 26 juin 2019 0
HOSTILE: CRITIQUE ET ENTRETIEN AVEC MATHIEU TURI

Réalisateur: Mathieu Turi
Acteurs: Brittany Ashworth, Grégory Fitoussi, Javier Botet…
Genre: Epouvante-Horreur 
Date de sortie dvd: 04 juin 2019
Durée: 1h23
Nationalité: France, Belgique

Nous en avons beaucoup parlé dans nos chroniques, le cinéma de genre made in France est très bon mais trop peu représenté. Pour essayer d’y remédier, nous nous sommes intéressés à un premier long métrage d’un réalisateur doué et très sympathique: Mathieu Turi. Découvrez la critique de son premier film et une interview passionnante de ce passionné.

PETIT BUDGET, GRANDE RÉUSSITE

Mathieu Turi est un jeune scénariste/réalisateur français. Après avoir fait ses classes à l’ESRA (école supérieure de réalisation audiovisuelle), il réalise quelques courts métrages qui seront primés. Devenu assistant-réalisateur sur Inglourious Basterds de Tarantino, Sherlock Holmes: Jeux d’Ombres de Guy Ritchie ou encore Lucy de Luc Besson, il tape dans l’œil de Xavier Gens qui produira son premier long métrage: Hostile.

Croisement entre Mad Max pour l’univers post-apocalyptique et Je Suis Une Légende pour l’intrigue, Hostile frappe fort et démontre qu’avec peu de budget et d’excellentes idées, le cinéma de genre français continue sur la bonne voie…

Survivante de l’apocalypse, Juliette cherche de la nourriture pour les quelques survivants. Accidentée, elle se retrouvera seule, bloquée, personne ne peut l’aider, la nuit tombe et quelque chose rôde… De ce postulat assez simple, Turi en tirera une série B luxueuse, astucieuse où l’unité de temps et de lieu sera géré de mains de maître. Peu d’acteurs sont présents à l’écran. Porté par une Brittany Ashworth aussi badass que Tomb Raider (le jeu) et un Grégory Fitoussi sobre et étonnant, Hostile oscille entre l’action, le fantastique, le drame et la romance. Qualifier le métrage de film d’horreur est une erreur. La mise en scène est inventive (l’accident comme si vous y était) l’action est bien menée, le travail sur le son est exemplaire, la créature crédible à souhait, les sursauts présents comme il faut, on ne fait pas du jump scare pour rien. Mélangeant habilement le présent et le passé à travers d’excellents flash-back, qui nous amèneront inévitablement à une fin étonnante, Hostile est un bon cru. Pour faire la fine bouche on peut dire qu’on aurait apprécié en savoir un peu plus sur l’apocalypse quand certains s’arrangeront avec ce mystère bien dosé.

Niveau dvd c’est du tout bon, ESC distribution étant connu pour soigner ses sorties. L’image et le son font le boulot, les bonus sont intéressants.

Vous l’aurez compris, Hostile est une petite pépite injustement passée inaperçue. Ne passez pas à côté de sa sortie dvd. On vous laisse avec l’interview de Mathieu Turi…

Bande annonce: HOSTILE

  INTERVIEW DE MATHIEU TURI

Mathieu Turi (à gauche) et son acteur Grégory Fitoussi (à droite)

Watz-up: Entre le drame, la romance, l’horreur et la série B luxueuse, Hostile parvient à mélanger les genres avec soin. On sait que le genre est « casse gueule » en France, comment as-tu relevé ce défi?

Mathieu Turi: L’idée avec Hostile, depuis le départ, c’était effectivement de mélanger les genres. Si tu veux, le film est un peu « mutant », hybride. Je tenais vraiment à avoir ce côté 50/50, avec d’un côté un post-apo peuplé de créatures dans le désert, et de l’autre un drame romantique en plein New York. On a ainsi deux univers très marqués qui se rencontrent, et ce côté dangereux m’intéressait vraiment. Du coup, j’ai essayé de jouer sur les clichés de ces deux genres, et de les mélanger. Après, le côté « casse-gueule » du genre français, c’est surtout parce qu’on manque de film de ce genre. Si on avait ne serait-ce qu’une vingtaine de films de ce type par an, au lieu de 3, forcément, la qualité serait plus élevée. On reste des snipers avec une poignée de balles face à des batteries entières de mitrailleuses lourdes. Mais de belles choses arrivent, et en coulisse, le genre commence à motiver de plus en plus.

Watz-up: Nous avons de bons réalisateurs français de cinéma horrifique. On pense à Gens, Aja ou encore Laugier. Vous êtes une poignée à rester en France et on vous en remercie. Penses-tu que les films d’horreurs français peuvent percer autrement qu’en dvd?

Mathieu Turi: Evidemment ! Le problème est assez simple. Pour réunir plus de 2 millions d’euros sur ce genre de films, il faut des chaines de télé. Et même dans ce cas là, tu arrives difficilement à 3 millions. Et avec cet argent, tu dois créer dans la catégorie de films où le pognon est le plus à l’image, et rivaliser avec des films américains qui ont largement plus de moyen. Ça ne fait pas tout évidement, mais c’est quand même sacrément illogique, quand tu vois que les plus gros budget français (à quelques exceptions près), vont dans des films que tu peux tourner dans un appart parisien. Oui, le Pacte des Loups a fait 5 millions d’entrées, mais avec deux choses : l’immense talent de Christophe Gans, et un budget de 10 millions d’euros. Si on avait eu un second succès du même genre l’année suivante, on aurait peut-être eu un changement. Mais ce ne fut pas le cas, et du coup, le succès du film sonne comme un coup de chance, (ce qu’il n’est pas). Je pense que ce qu’il nous manque ici, c’est un Jason Blum, un mec qui va réussir à avoir une vision globale, produire du petit budget à concept et qui va faire deux ou trois beaux coups d’affilés. Là on aura une mini industrie du film de genre qui pourrait marcher en salle. Il est où, le Rec français ? le Insidious, le Paranormal Activity? Je pense que ça finira par arriver ici, car les générations de producteurs, financiers, investisseurs… commencent à changer, et l’arrivée des plateformes sur le marché ne peut qu’aller dans ce sens. On vit une période qui s’annonce très très intéressante pour le genre français.

Watz-up: Hostile à des faux airs de Mad Max pour la partie apocalypse et Je suis une légende pour la partie horrifique, quels sont tes films de genre favoris?

Mathieu Turi: Bon, déjà, je n’aime pas vraiment le nom « film de genre » qui ne veut pas dire grand chose. Mais passons 😉 Pour HOSTILE, je me suis bien entendu inspiré de pas mal de post-apo, mais bizarrement, pas trop de films. Mes trois références principales furent : I Am Legend, le bouquin de Matheson, qui est pour moi le meilleur livre au monde que je relis deux ou trois fois par an. Malgré toutes les adaptations, personne n’a réussi à le transcrire tel quel à l’écran, et pourtant, quel chef d’oeuvre (et cette fin !!!). Il y a aussi The Road de McCarthy, un bouquin juste hallucinant. Des phrases très courtes, comme s’il ne restait que l’essentiel, et où trouver une boite de conserve devient aussi intense que sauver le monde. Et enfin, ce que beaucoup on appelé le Citizen Kane du jeu video, The Last Of Us. Pour moi une claque immense, des personnages incroyablement réaliste et interessant, une fin à tomber, un univers parfait. Après, si on parle en général, mes films de chevet dans le genre sont The Thing (que j’ai vu à 6 ans, caché derrière le canapé des adultes), Alien bien entendu, Terminator 1&2, Predator, Jurassic Park (tout Spielberg en fait), les films de Shyamalan… beaucoup de SF du coup!

Watz-up: …Et on te comprend… Nous avons eu quelques informations sur ton prochain film, pourrais-tu nous en dire plus?

Mathieu Turi: On doit tourner MÉANDRE à la fin de l’été pour une sortie en 2020. Un film que je rêve de faire depuis très longtemps ! Bérénice Marlohe (Skyfall) en sera le rôle principal, et ça se balade entre Cube et Saw… puis ça part vers autre chose. Voilà, j’en ai déjà trop dit!

Watz-up: Merci beaucoup Mathieu, on aurait pu en parler pendant des heures. On prend rendez-vous pour ton prochain long.

Mathieu Turi: Merci Michaël, c’est noté.

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