ENTRETIEN AVEC SÉBASTIEN DROUIN

Michael 4 décembre 2025 0
ENTRETIEN AVEC SÉBASTIEN DROUIN

Il y a un petit film (par le budget) qui a fait sensation dans diverses projections tests et officielles, qui cartonne sur les plateformes à l’étranger, qui a été encensé par The Guardian ou encore The Hollywood News, un film qui a obtenu le score de 92% sur Rotten Tomatoes. Cold Meat c’est un long métrage en anglais, avec un cast étranger, et un tournage à l’autre bout du monde. Ce thriller a été pensé, écrit, étalonné, monté, crée par un Français, Sébastien Drouin.

Nous avons eu le plaisir d’obtenir un blu ray/4 K, techniquement d’excellente facture, aux bonus intéressants. Avant de découvrir l’interview exclusive de son réalisateur, on vous conseille d’acheter, avant ou après, cette petite pépite de genre. Réalisé avec le budget café/thé d’un blockbuster, Cold Meat est à ranger dans le haut du panier, et peut figurer dans le top 10 des thrillers réalisés par un frenchy. On ne peut en parler davantage pour ne pas vous gâcher la surprise d’un film maîtrisé, aux comédiens parfaits, à la mise en scène soignée et aux effets visuels sensitifs.

Interview

Watz-up : Bonjour Sébastien, comment es-tu arrivé au septième art ?

Sébastien Drouin : Par les images de synthèse. J’ai fait 3 ans de fac de cinéma à Aubagne où j’ai fait 2 courts métrage en images de synthese entre 1993 et 1996. Ces courts ont gagné des prix un peu partout. BUF, la société qui a fait les effets de la Cité des Enfants Perdus, a vu mes œuvres et m’a proposé de travailler sur Batman et Robin en tant que graphiste. Je suis devenu superviseur plus tard sur Heaven de Tom Tykwer ou Alexandre d’Oliver Stone. Mais bizarrement,  je n’ai jamais eu la volonté de faire des VFX. C’était juste mon gagne pain, et pour pouvoir produire mes courts métrages avec des acteurs, comme la Place du Mort ou Pièces Detachées. Après ce dernier court, j’ai quitté BUF pour devenir scénariste. Mon premier contrat d’écriture, je l’ai signé avec Cedric Jimenez, à l’époque où il était encore producteur.

Watz-up : Tu es superviseur des effets visuels, tu as bossé pour des productions françaises et américaines, y a-t-il une différence ?

Sébastien Drouin : Oui, clairement. Une différence de moyens d’abord. Le budget consacré aux VFX sur les films américains est beaucoup plus important. Il y aussi une différence dans la préparation. Les américains anticipent plus les séquences à effets. Ils les storyboardent, les préparent très en amont. Alors qu’avec les productions françaises, on est plus souvent dans l’improvisation. Il m’est même arrivé d’être appelé une fois le montage terminé. Dans ce cas je refuse toujours. On ne peut pas faire du bon travail comme ça. Mais ces différences tendent à disparaitre. Les productions françaises ont fini par comprendre qu’en s’y prenant en amont, avec un superviseur indépendant (ce que je suis), elles pouvaient faire baisser les coûts et améliorer la qualité. Sur Notre Dame – la part du feu (série de Netflix)  dont j’ai supervisé tous les VFX, près de 600 plans, il y a eu un travail de préparation de plusieurs mois avant le tournage et le budget VFX était proportionnel à la difficulté. Ça fait une grosse difference.

Watz-up :  Cold Meat est ton premier long métrage, un parcours du combattant comme tu l’expliques dans les bonus du dvd. Comment as-tu réussi à créer une œuvre aussi réussie avec toutes ces embûches ?

Sébastien Drouin : Merci. Je crois que le secret est de s’adapter aux contraintes et de ne pas essayer de faire le film qu’on a dans la tête à tout prix, sinon c’est voué à l’échec. En 13 jours, avec aussi peu d’argent, je ne pouvais pas faire le film dont je rêvais depuis des années. J’ai donc fait le meilleur film possible en respectant ces contraintes de temps et d’argent. Je me suis focalisé sur le plus important, mon scénario et mes comédiens. C’est le coeur du film, de tout film, je crois. Je pense aussi que la contrainte pousse à l’inventivité et influe sur le style du film.

Watz-up : As-tu une méthode de travail que ce soit au niveau du scénario ou de la mise en scène ?

Sébastien Drouin : Pour le scénario, je suis autodidacte. Je n’ai jamais appris à écrire. Je n’ai donc pas une méthode très orthodoxe ou scolaire. J’écris juste le film que j’aimerai voir au cinéma. Je ne pars jamais de la thématique. Je vais juste vers une bonne histoire qui m’excite. Je définis ensuite qui sont mes personnages. Je fais une vague structure, mon fil rouge, mais je me donne beaucoup de liberté au sein de cette structure. Une fois la première version écrite, je regarde de quoi parle mon histoire. Les thèmes ressortent. Je les creuse dans les versions suivantes. Je resserre. Je densifie. Au stade de l’écriture, je pense déjà à ce que je veux voir sur l’écran. Les plans et les mouvements de caméra me viennent à ce moment là. Je pense au sentiment que je veux créer chez le spectateur, et comment traduire ce sentiment par les focales, les mouvements de caméras, les angles, le son et le montage. Je m’immerge presque comme un acteur dans son rôle. Ça devient très sensitif. Un exemple : comme je voulais qu’on ai l’impression d’être avec eux dans la voiture, je décidé d’avoir toujours le corps de la caméra dans l’habitacle. Si on avait filmé en longue focale, à travers les vitres, on aurait senti inconsciemment que c’était du studio. Tout cela est déja très clair avant même le tournage. Le film est déjà très précis dans ma tête, montage compris, avant de commencer à tourner. 

Watz-up : Quel est ton dernier coup de cœur cinématographique ?

Sébastien Drouin : Une Bataille après l’Autre, haut la main, j’en suis sorti avec une furieuse envie d’écrire et de tourner. Ce que j’ai vu de mieux depuis Babylon de Damien Chazelle.

Watz-up : La suite pour Sébastien Drouin c’est quoi ?

Sébastien Drouin : Il y a un film, en français cette fois-ci, qui rentre en production. C’est un thriller psychologique fantastique très très claustrophobique. Je le co-écrit avec Jimmy Bemon. Et puis il y a thriller fantastique sur un voilier, qui sera en anglais. Je cherche les bons partenaires. Je l’ai écrit avec Mathieu Delozier et Jimmy Bemon. C’est encore un huis clos très intense sur la nature humaine. C’est un sujet qui me passionne et que je n’ai pas fini d’explorer.

Watz-up : Merci Sébastien, on va suivre ça de près.

Sébastien Drouin : Avec plaisir, merci Michaël.

Photo by Christos Sagiorgis

Cold Meat disponible à la vente en blu ray et 4K.

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