Review : « La Vague » – Izia

Mathieu 14 avril 2015 0
Review : « La Vague » – Izia

Artiste : Izia
Genre : Electro rock
Label : Barclay
Date de sortie : 13 avril 2015
Nombre de titres : 9 titres

Il y a de ces artistes qui semblent dotés d’un certain talent inné. D’autres qui n’ont pas le choix de l’avoir. C’est peut-être le cas de la jeune et jolie Izïa (avec des trémas cette fois-ci), fille d’un illustre belgo-alsacien qui, comme pour savoir quelle nation lui donnerait la progéniture la plus prolifique, a décidé d’en avoir 3 de mères d’origines différentes. Et la tentative tunisienne a été réussie, même si les deux autres ont été loin d’être des échecs.

Itinéraire d’une enfant gâtée (par la nature)

C’est ainsi que la jeune Izïa Higelin a elle-même tenté sa chance dans le monde terrible du Show Business avec un premier album, Izia, sorti en 2009, à peine majeure, 19 ans après que l’aîné Arthur ait sort sa première galette, 24 ans après que le cadet Kên soit monté sur les planches et avec juste 17 albums studio de retard sur le père Jacques. Grosse pression.

arthur higelin avec izia et arthur

Izïa, petit bout de rockeuse entre père et frère, véritables machines à disques.

Et c’est de manière totalement inattendue que la jeune Izïa, avec son groupe sobrement intitulé Izia (mais sans trémas cette fois), se met à chanter le rock des 60′s et 70′s, en anglais en plus ! Qu’est-ce qui a pris à cette jeune écervelée, à qui la langue de Molière a réussi à son entourage famillial, et leur a permis de vendre plusieurs millions de skeuds ? Ouais monsieur, des millions.

Pourtant, la p’tite ado avec sa carte d’électeur flambant neuf a envoyé du pâté avec un disque d’or, et, affront suprême : une, puis deux Victoires de la musique pour ses deux premiers albums, plaisir auquel aucun Higelin n’avait encore goûté. Puis des sensibilités avec le 7e Art l’ont amené à décrocher un César. Décidément.

Jamais deux sans trois. Sauf avec Izïa.

Elle était donc attendue, la p’tiote Higelin, pour son 3e album, qui devrait fleurer bon la maturité d’une baby-rockeuse qui s’approche dangereusement de l’âge fatal de celle à qui on l’a souvent comparée : Janis Joplin.

logo Izia 2015 la vague

Un nouveau logo donne le ton : couleurs, disco, tiouning. T’as vu.

Et voici que le jour de grâce du 9 février 2015, la demoiselle lâche un Hey (à dire lentement) qui secoue les têtes plus que le séisme de 1906 a fait trembler San Francisco : le single, au nom court et aux sonorités anglophones, change de bannière. La jolie Izïa a décidé de rejoindre papa Jacky et fréro Tutur dans le cercle des chanteurs francophones.

Pire que ça, les guitares criardes font place à des violons, les basses lourdes à un synthé saturé. En gros, le rock vivace mais poussiéreux des 70′s a laissé le pas à un électro pop rock encore immature mais tellement de mise. Stupéfaction.

La presse se déchaîne, les fans lettrés comme les dépendant du module de correction orthographique de YouTube se déchaînent pour signifier, dans leurs propres mots, leur ressenti : « Sale gamine ingrate » par ci, « Ange de la musique du XXIe » par là, « Un véritable gâchi » pour monsieur X, « Une révélation » pour Monsieur Y. L’affaire n’est pas dreyfusienne, mais trouble franchement.

Tous attendent donc ce 13 avril 2015, jour de la sortie de La Vague, le 3e album d’Izia, pour définir définitivement si leur discographie de la jeune chanteuse se limitera à deux opus ou espéreront une carrière similaire à celle de son illustre géniteur.

La Vague, et Izïa balaie les poussières du passé

Les singles ne se sont pas rassurants pour Monsieur X : La Vague fait clairement la part belle à une partie électro omniprésente, quand un Les Ennuis vient placer « so much trouble » à ceux qui ignoraient encore que la miss était bien copine avec les vilains garçons du Casseurs Flowteurs gang, et que c’est tout naturellement qu’OrelSan vient poser son flow lancinant en réponse à la participation d’Izïa sur leur album. « Quoi, Izia, du rap ? ». Au XIVe, on aurait eu droit à une véritable Inquisition.

Dame Izïa n’a pas hésité à s’expliquer. A presque 25 ans, elle assume son choix, sait qu’elle va décevoir et qu’elle prend des risques. Mais le jeu en vaut la chandelle, et le grain de folie que semble contenir chaque gamète de Jacques fait encore son effet.

Izia livre donc un album de (seulement 9 titres) totalement francophone, même si la langue de Shakespeare vient parfois faire de courtes apparitions. L’électro, lui, est présent partout.

Avouons-le, la musique électro est un mal délicieux de notre siècle. Il a engendré des artistes comme des erreurs, en a perdu beaucoup tout en en élevant peu. Son faste en a néanmoins tenté beaucoup. Et la jeunesse d’Izïa n’a pu l’en protéger.
Heureusement, on a vu les sonorités électroniques nous amener de bien beaux bébés, comme une certaine reine Héloïse, faussement nommée Christine, qui nous en a fait la démonstration cette année.

Extrait clip la vague izia

C’est tout en sensualité et en féminité qu’Izïa a redéfini ses codes.

Pourtant, je dois avouer que si je revendiquais l’identité de Monsieur Y pour Hey, Monsieur X m’a solidement attiré dans ses filets pour La Vague. Il me fallait donc entendre l’album entier pour accepter moi-même si j’allais passer une bague à la jeune main d’Izïa ou abattre mon couperet dessus. Et le jour fatidique est tombé.

Izïa est bien jeune. Même si les 25 ans frappent à sa porte, elle profite et subit encore les affres de la fraîcheur. Et c’est grâce à cela qu’elle livre un ouvrage réussi mais bien instable.

Il n’y a pas à tortiller du fondement : La Vague est réussie et s’abat fièrement sur les falaises vers laquelle est s’est dirigée. Ouvert par le génial Hey, résolument pour moi le meilleur morceau de l’album, on continue sur de douces mélodies. You (remarquez la présence moqueuse de titres anglophones) est doux comme une caresse, Les Ennuis amuse. On se perd un peu avec Bridges et Silence Radio, même si on y reconnaît des guitares aux sonorités se rattachant au passé d’Izia, qu’un Reptile met sous silence et relance l’ambiance douce et tempérée de l’album.

Tout cela est néanmoins bien court, avec 9 morceaux pour un peu plus de 30 minutes. Mais cela est assez habile dans un exercice que je vois comme un essai, une démo, une prise de température. Naturellement à l’aise dans les sonorités rock où elle a pu se lancer à corps et coeur perdus, Izïa est allé doucement avec La Vague dans de nouvelles mers que certains n’ont toujours pas dompté.

On félicite néanmoins l’audace remarquable et inhérente dans sa dynastie qui a poussé la petite rockeuse chevronnée à prendre autant de risques. On aime à l’encourager finalement dans cette voie, si c’est celle qu’elle a choisi, à nous livrer un 4e album où elle saura s’affirmer et gommer les erreurs comme les instabilités qu’une trop jeune expérience dans le monde de sonorités à éprouver ont logiquement engendré.

Clip : Hey - Izia

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