Critique : 47 Ronin

Mathieu 4 avril 2014 0
Critique : 47 Ronin

Réalisateur : Carl Erik Rinsch
Acteurs : Keanu Reeves, Hiroyuki Sanada, Kô Shibasaki
Genre : Action / fantastique
Sortie française : 2 mars 2014
Pays de production : USA
Durée : 1h59
Restrictions : Tous publics

Malgré une impressionnante filmographie, Keanu Charles « Neo » Reeves n’est jamais vraiment sorti de la sphère américano-occidentale. Parmi ses rôles les plus notoires, Point Break, L’Associé du Diable, Constantine ou évidemment la trilogie Matrix, on ne l’a jamais vraiment vu se confronter à d’autres cultures vraiment différentes. Après une absence plutôt remarquée, l’ami Keanu revient sur le devant de la scène pour porter à l’écran une des plus célèbres légendes japonaises (si ce n’est pas LA plus célèbre) : celle des 47 Ronin (et non, il n’y a pas de phôthe d’aurtograf), un récit exacerbant l’honneur et le courage, des valeurs chères aux nippons.

Keanu de retour dans la matrice

Pour ceux qui, comme moi, ont un grande admiration pour Keanu Reeves, un acteur que la critique a souvent souligné comme n’ayant jamais été un bon acteur, vous avez probablement remarqué une absence étonnamment longue. Pour être honnête, on ne l’avait plus vraiment revu depuis le médiocre Le Jour où la Terre s’arrêta en 2008. Dommage pour un homme dont le charisme m’avais entraîné à voir 2 fois le même film au cinéma, chose qui ne m’étais jamais arrivé, et qui ne m’est plus arrivé depuis Constantine.

Keanu Reeves en 2013 et maintenant

Keanu il y a un an, et aujourd’hui… y’a eu du travail.

Plus du tout, c’est tristement faux. En fait, Keanu apparaissait souvent dans les tabloïds, le visage bouffi, l’air sombre et le regard vide. Certains le disaient fini, alcoolique, diabétique, dépressif. Rappelons tout de même que ce brillant gaillard a perdu une fille morte-née en 1999, sa compagne en 2001 dans un accident de voiture, tandis que son meilleur pote avait déjà passé le Styx, une aiguille dans la peau, en 1993. Vous comprendrez que, foncièrement, pour le moral c’est pas top. Mais pourtant, c’est en 2002 et 2003 que sont sorti les 2 derniers volets de la triptyque Matrix.

Reste que voilà, aujourd’hui Keanu Reeves semble s’être relevé : il a retrouvé le physique charismatique des années 2000, la barbe fleurie et les cheveux longs en plus, a tourné son premier film en tant que réalisateur ET acteur (Man of TaiChi, ndlr), et, ce qui nous intéresse aujourd’hui, a écopé du premier rôle d’une super-production à 225 millions de dollars : 47 Ronin.

47 Ronin : le « nouveau testament » japonais

Rappelons-le, 47 Ronin s’inspire de l’histoire des 47 Ronin (ou 47 Samouraïs), s’étant déroulée au début du 18e siècle, et constituant probablement la légende la plus chère au cœur des japonais.

Dessin japonais représentant les 47 ronin

Représentation d’époque des 47 ronin.

Légende, pas tellement puisque la plupart des évènements relatés dans le poème se sont effectivement déroulés. Et bien que relativement « récents » (par rapport à l’ancienneté de l’histoire du Japon), ces vers sont lus et chéris par la plupart des japonais comme si c’était une tradition millénaire, car véhiculant deux des valeurs les plus importantes de la culture japonaise : l’honneur et le courage (et par extension le sacrifice).

Bien sûr, bien qu’épiques, les évènements relatés par la légende ne sont pas assez « percutants » pour le cinéma américain, alors quelques améliorations ont été ajoutées. Je vous laisse le soin de lire cette magnifique légende (facile à trouver en version Poche, ou même en version courte sur le web), et établir les différences.

Mais vous vous douterez bien que l’épopée originelle ne comprend pas de monstres géants, de sorcières se transformant en animaux, ni même, surtout, de guerrier métisse répondant au doux nom de Kai. Dommage pour toi, Keanu.

Synopsis de 47 Ronin : la vengeance par dessus tout

Disons que, globalement, le film respecte bien le fil conducteur du poème : le seigneur Naganori Asano de la région d’Akô est poussé au Seppuku (que nous nommons à tord Hara-kiri), le suicide rituel, par le Shogûn du Japon, après avoir agressé le perfide Kira.

Devenus Rônin, ses 47 samouraïs (un peu plus dans le film) doivent quitter la ville d’Akô, couverts de honte de n’avoir pu protéger leur seigneur (daïmyo). Mais leur honneur les pousse à vouloir se venger en tuant Kira, même si cela pourrait les entraîner à devoir pratiquer, à leur tour, le Seppuku.

Kai et Oishi dans le film 47 Ronin

Bien que ne l’ayant jamais apprécié, Oishi apprendra à faire confiance à Kai

La petite nouveauté dans le film, c’est que les Rônin comptent sur l’aide de celui qu’ils ont toujours méprisé, un jeune métisse recueilli jadis par leur seigneur, et portant les marques des démons : Kai (Keanu Reeves). Pourtant, Ōishi Kuranosuke Yoshio (joué par l’admirable Hiroyuki Sanada), le bras droit du défunt daïmyo, se rend compte qu’ils ne pourront assouvir leur vengeance sans l’aide de Kai, lui-même porté par son amour pour la fille d’Asano, Mika, maintenue en otage par Kira.

Bien que puissant, Kira compte essentiellement sur les pouvoirs maléfiques de la sorcière Mizuki, être perfide prêt à tout pour amener son seigneur sur les plus hautes marches du pouvoir. Ce qui va obliger Kai, Oishi et les samouraïs destitués d’Akô à chercher également de l’aide du côté du surnaturel…

Le ronin Kai et la princesse Mika dans 47 Ronin

De l’amour nougat-au-miel, c’est un des leitmotiv du bon blockbuster ricain

Si on ne peut pas imaginer un blockbuster américain sans histoire d’amour, qui a amené l’ajout d’une idylle entre Kai et la princesse Mika, on relèvera également quelques figures de style totalement absentes ou incohérentes avec la vraie légende japonaise : Kira est intendant du Shogûn, et non un perfide Daïmyo vivant dans une lugure seigneurie, ou encore le seigneur Asano attaque Kira par colère, non pas à cause d’un enchantement.

 Nous relèverons évidemment l’ajout d’une grosse part de surnaturel, que certains diront parfaitement inutile, et que je soulignerai donc comme totalement indispensable.

47 Ronin qui se battent finalement très bien

Soyons honnêtes, les échos provenus d’outre-atlantiques n’ont pas vraiment été de la sauce soja pour 47 Ronin, mais plutôt du Wasabi parmi les plus infernaux.

Bon ou mauvais augure, j’ai compris à maintes reprises que lorsque les américains n’avaient pas apprécié, c’est que le film pouvait être bon et sortir de l’habituel schéma « Je suis un héros, j’en chie un peu puis je zigouille le méchant lors d’un final merveilleux, où je sauve ma nana, mes potes et ma famille, tout en tuant au passage par dommage collatéral un demi million d’innocents dont toi, petit américain, n’en a foncièrement rien à faire puisque tu veux juste que ton héros survive ».

J’ai beau avoir apprécié de nombreux films sans réelle surprise scénaristique tels que, pour ne pas les nommer, les derniers Marvel, j’en viens tout de même à attendre impatiemment les histoires où rien ne se passe comme on le croit, et où tout les gentils en viennent à crever comme des incapables. Un peu à la Game of Thrones quoi.

Reste que la salle quasiment vide le jour de sortie du film donna raison aux bouffeurs de Bagels. J’y suis surtout allé pour mon intérêt pour la culture japonaise et, évidemment, ma joie de revoir Keanu Reeves en tête d’affiche. Et finalement, pas de déception.

Démon Tengo dans le film 47 Ronin

La scène de combat contre les Tengu est, à mon sens, une des plus remarquables du film

Les effets spéciaux, bien que tout de même moins nombreux que pour la boîte de conserve volante rouge et jaune ou le soldat modifié au nom bien trop patriotique pour être honnête, sont tout à fait remarquables et légitiment le gros budget du film.

De plus que les noms des acteurs ne vous disent probablement rien, mais la plupart sont des artistes particulièrement reconnus et appréciés au Japon, quand ce n’est pas en Asie, voir dans le monde, et qui, donc, se font rétribuer à la hauteur de leur talent.

Les scènes de combat sont bien chorégraphiées, dynamiques et filmés avec professionnalisme, tandis que le jeu des acteurs sonne juste, sauf peut-être pour ceux qui écopent des rôles de méchants, mais où le théâtralisme est ici de mise.

Le scénario ne surprend jamais vraiment, surtout quand, comme moi, on a connu la version originale de la légende des 47 Ronin, mais reste tout à fait agréable à suivre, bien lié et argumenté, et fait passer les 119 minutes que durent le film à la vitesse du déplacement d’un démon Tengu, (donc très vite).

Combat entre Kai et Oishi dans 47 Ronin

Les combats sont dynamiques, sans pour autant donner la part belle aux effusions de sang

S’il fallait souligner une déception, c’est celle de ne voir finalement Rick Genest, le célèbre mannequin au corps 100% tatoué, que quelques secondes dans le film, alors que copieusement mis en avant dans le trailer comme sur les affiches.

Mais quel bonheur de voir un film respectant les traditions et valeurs japonaises ancestrales, mettant la culture nippone en scène d’une jolie façon, mais si parfois trop exacerbée, et surtout sans avoir à s’appuyer sur des effusions de sang abusives, tant la vue du sang dans 47 Ronin est aussi présente que les Oscars dans la carrière de Leonardo di Caprio.

Et puis surtout, merci à Keanu Reeves de s’être mis un coup de pied au cul et d’être revenu à son meilleur niveau, avec un rôle à sa mesure : un homme doué, humble mais également exceptionnel, pour un film sans prétentions mais d’une qualité certaine.

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